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Le Huron et l’économie numérique

  • Posté dans : BLOG
  • le 16 novembre 2010
  • » Mots-clefs :economie, numerique, TVA
  • » 11 Commentaires
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Voltaire serait bien amusé, s’il revenait aujourd’hui, par la situation de la distribution numérique en Europe.

Essayons donc d’expliquer la situation à l’auteur de l’Ingénu.

Je suis une société américaine, leader incontesté de mon marché, la commercialisation des contenus numériques.

Je vais pouvoir choisir l’Etat où j’établirai mon siège social, mon principal établissement, le lieu d’installation de mes principaux services.

Je vais pouvoir ainsi négocier avec cet Etat accueillant – disons le Luxembourg -, un taux de TVA favorable à un point tel qu’aucune des parties concernées ne voudra révéler quel il est.


Je suis au contraire une société française, européenne donc, qui a créé une plateforme de commercialisation de contenus numériques.

Je n’ai d’autre choix que de déclarer et payer la TVA aux taux normal de 19,6 %, en vigueur dans un pays d’Europe qui est la France. En vain arguerai-je que le contenu proposé à la vente, ce sont des droits, ceux afférents aux œuvres et aux phonogrammes et que je dois donc bénéficier du taux réduit de 5,5 %, supérieur très vraisemblablement encore d’ailleurs au taux de la TVA acquittée par mon concurrent.

Au final, ainsi, les contenus numériques que je vends, moi, société européenne, supportent un taux supérieur de plus de quinze points à celui de mon concurrent.

Curieuse situation, pense le Huron, que cette Europe qui désavantage ses membres au profit de ses puissants rivaux.

Il n’était pas au bout de ses surprises.

Car, dans ce grand marché européen unique, inutile pour la plateforme de penser répercuter tout ou partie de ce différentiel de TVA sur ses prix de vente.

A qui dès lors demander l’effort pour dégager une marge opérationnelle ?

Au fournisseur, bien sûr !

A lui de s’adapter ; à lui de faire l’effort pour que la plateforme puisse concurrencer ses rivaux américains.

Pas d’accord, réplique le fournisseur, disons Universal.

J’ai perdu depuis huit ans la moitié de mon chiffre d’affaires parce que nul n’a su protéger mes artistes et ma production de l’atteinte récurrente à la loi que constitue le piratage des contenus.

Paradoxe pour le moins que je doive financer un différentiel de TVA accordé par un Etat de l’Union Européenne à une société américaine au détriment de sociétés européennes !

Qui, de surcroît, peut douter que ces sociétés étrangères à l’Union Européenne ne revendiquent immédiatement le bénéfice de conditions commerciales plus favorables accordées à leurs concurrents ?

Ce n’est quand même pas à moi de résoudre le problème que génère une réglementation contraire aux intérêts mêmes de ceux qu’elle est censée protéger.

D’autant que le nombre de ceux qu’elle pénalise va augmenter.

Que l’on pense seulement à la Video on demand (VOD) !

Peut-on imaginer que TF1 Vision ou Orange pourront être compétitives en proposant le visionnage d’une vidéo ayant supporté une TVA au taux de 19,60 % quand Apple pourra proposer le même service dans toute l’Europe en ayant bénéficié du taux réduit luxembourgeois ?

Et le même raisonnement peut être tenu pour tous les produits culturels !

C’est trop absurde, se dit le Huron. Pénaliser ceux que l’on est censé protéger, voilà une situation qui ne saurait perdurer.

N’y a-t-il donc rien à faire ?

Si, mais alors au niveau le plus élevé.

Celui de l’Union Européenne par l’instauration envisagée d’une Tva unique sur les produits culturels.

Celui de la France, si souvent et si heureusement pionnière en ce domaine, dans la droite ligne de la Carte musique qui montre la voie à suivre.

Ah bon, se dit le Huron, il y a peut-être un espoir. Je peux encore attendre avant de regagner mon pays.

Pascal Nègre

11 commentaires sur “Le Huron et l’économie numérique”

    • ffoolp /
    • 16 novembre 2010 à 16 h 06 min /
    • Répondre

    T’inquiète pas, on ne piratera pas les BeWizU. On l’achètera pas non plus d’ailleurs.

    • utodeb /
    • 16 novembre 2010 à 16 h 12 min /
    • Répondre

    Sur un billet qui n’a rien à voir, vous n’avez pas pu vous empêcher de parler de la contrefaçon …

    PS : Piratage = bandeaux, jambe de bois, perroquet etc.

    • Yali /
    • 17 novembre 2010 à 9 h 35 min /
    • Répondre

    Continue à te faire moucher par Maitre Eolas, tu nous fais bien rire.

    • Ghismo /
    • 17 novembre 2010 à 10 h 32 min /
    • Répondre

    Marrant, ça me fait un peu penser à ce qui s’est passé avec la baisse de TVA pour la restauration. La TVA baisse, la facture augmente et les portions diminuent. Mais bien sûr vous ne seriez pas de ce genre là… pas vous !

    http://eco.rue89.com/2010/10/08/la-baisse-de-la-tva-fait-monter-les-prix-la-preuve-par-laddition-169992

    • Guillaume Laurent /
    • 17 novembre 2010 à 19 h 12 min /
    • Répondre

    « J’ai perdu depuis huit ans la moitié de mon chiffre d’affaires parce que nul n’a su protéger mes artistes et ma production de l’atteinte récurrente à la loi que constitue le piratage des contenus. »

    Non, vous avez perdu la moitié de votre chiffre d’affaire parce que pendant 8 ans vous vous êtes accroché à une absurdité technologique, c’est à dire empêcher la copie de données numériques. Entre autres, vu que le piratage n’est pas la seule raison de la baisse des ventes.

    Les DRMs, les plateformes de vente en ligne mal foutues, le refus du service, vous avez fait tout ce qu’il ne fallait pas faire.

    • pouet /
    • 17 novembre 2010 à 19 h 55 min /
    • Répondre

    Très d’accord avec Guillaume ci-dessus… Le pire c’est qu’on va arriver à la solution qui coule de source pour plein de gens (en fait de tous ceux doué d’un peu de bon sens) : La licence globale. Même le fils de Goldman (MyMajorCompany), au 18/20 sur Europe 1 en début de semaine, le pense.
    Quand je parle à ma copine de tout ce merdier (Hadopi, majors, etc.) sa première réaction est : « Bah, que free nous prenne 10€ en plus par mois et qu’on nous laisse télécharger »…
    Si vous aviez passé ces 8 années à réfléchir à la redistribution d’une éventuelle licence globale, vous n’en seriez pas là à chouiner pour pondre une loi contre-productive, à chouiner pour dire que c’est de la faute aux pirates et à chouiner pour dire que c’est de la faute à la TVA maintenant…

    • alaindici /
    • 18 novembre 2010 à 17 h 21 min /
    • Répondre

    hhmmm la TVA … ça me rappelle un combat identique il y a 20 ans !
    Si il n’y avait que cela mais croyez vous sérieusement que la différence se fera sur les 3 cts d’euros pour le consommateur ? Non, la différence ce sera la visibilité et donc le réseau de distribution (la différence de prix, c’est vous qui la verrez in fine (l’artiste, c’est moins sûr).
    Le problème c’est qu’avant, vous gagniez à la fabrication (il n’y en a plus ou presque), à la distribution (via les contrats avec vos « distribués), il n’y en a plus non plus … donc, maintenant, vous devez ré apprendre que l’argent se gagne sur le produit (l’artiste en l’espèce) et comme vous ne produisez plus que des titres à consommation rapide, des reprises, etc, et bien, forcément, c’est plus dur !
    Je n’écris pas tout cela pour vous qui ne me lirez pas, mais bien plus pour l’anonyme qu’il ne tombe pas dans le panneau (le même que celui de la restauration comme le dit un autre contributeur).

    • Julian /
    • 26 novembre 2010 à 19 h 00 min /
    • Répondre

    « J’ai perdu depuis huit ans la moitié de mon chiffre d’affaires parce que nul n’a su protéger mes artistes et ma production de l’atteinte récurrente à la loi que constitue le piratage des contenus. »

    Traduction : j’ai perdu depuis 8 ans la moitié de mon chiffre d’affaire parce que j’ai appliqué la politique de l’autruche et que je me suis reposé sur mes lauriers, croyant gagner excessivement d’argent ad vitam eternam, bannissant donc le mot « innovation » de mon vocabulaire.

    C’est étonnant que les cinémas, qui subissent le piratage eux aussi de plein fouet, enregistrent des chiffres de fréquentation record. Étonnamment, vous n’avez aucune explication. Pourquoi les gens paieraient 8€ la place pour aller voir un film une seule fois, alors qu’une chanson sur itunes coute 1€ pour une utilisation potentiellement infinie ?

    Bravo Mr. Nègre, vous avez réussi à vous (Universal) mettre beaucoup de gens à dos avec vos lois Hadopi, Lopsi, etc, ainsi qu’avec vos multiples taxes injustifiées qui font que le consommateur honnête paie plusieurs fois ses achats.

    Vous disiez récemment à Maitre Eloas que les avocats devraient être payés seulement pour les procès gagnés. J’ai bien rit en lisant cela venant d’une personne qui base une grosse partie de ses revenus sur des redevances appliquées à des produits sans démonstration de leur usage à des fins illicites.

    Vive les artistes !

    • 80.67.176.109 /
    • 27 novembre 2010 à 14 h 15 min /
    • Répondre

    « Celui de l’Union Européenne par l’instauration envisagée d’une Tva unique sur les produits culturels. »

    C’est une excellente idée, et j’irais plus loin que vous, encore: il y a des disparités totalement illogiques dans l’accès à certains services (au sens large, une licence d’utilisation d’une oeuvre audiovisuelle est aussi un service).

    Disque à 5,5%, musique en ligne à 19,6%, Internet à 19,6%, TV à 5,5%.. il n’y a aucune logique là dedans. C’est de la fiscalité en bouts de ficelle, il n’y a aucune raison de considérer que l’accès à la TV est nécessite davantage un taux réduit, que l’accès à Internet, par exemple.

    • SLT-A65 /
    • 17 novembre 2011 à 7 h 51 min /
    • Répondre

    Ce blog est formidable. Il ya souvent toutes les informations appropriées au suggestions de mes doigts. Merci et à maintenir en place le travail de qualité supérieure!

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